Une école démocratique à Tours ?

Le besoin

Depuis la création d’Objectif 100%, nous sommes très régulièrement interrogés par des parents d’adolescents en grande difficulté scolaire, voire en rupture. Parmi ceux-ci, beaucoup sont diagnostiqués comme précoces et/ou Dys à des degrés divers.

D’autres parents, dont les enfants obtiennent des résultats convenables dans l’environnement scolaire, cherchent à mieux développer leur créativité et leur curiosité.

Certains encore, pour des plus jeunes, envisagent dés 3 ans une éducation non scolaire, soit en famille, soit dans une “École différente”.

Enfin certains parents d’enfants scolarisés en primaire dans des écoles alternatives cherchent une solution de continuité à l’âge du collège.

Le travail de notoriété et de réflexion mené depuis 2 ans par Frédéric Miquel et depuis 1 an par l’association, nous a permis d’être identifiés comme une solution possible pour toutes ces familles en demande d’une réponse à leur problématique d’éducation et de bien-être des enfants et de leur famille.

En réponse à ce besoin, l’association Objectif 100% a donc décidé, lors de son assemblée générale ordinaire du 22 février 2016, de créer une école démocratique en Touraine.

Existe-t-il une offre similaire sur le territoire ?

L’offre d’écoles alternatives identifiée sur le territoire de l’agglomération est de 3, bientôt 4, écoles élémentaires et maternelles :

  • École maternelle du petit pommier, Steiner-Waldorf, à Fondettes.
  • École Primavera, Steiner-Waldorf, à Joue-les-Tours.
  • La maison des enfants, école Montessori, à Tours.
  • École Montessori en création, ouverture septembre 2016, à Joué-les-Tours.

Une école est en projet à Cravant (Chinon).

Concernant le secondaire, le collège privé sous contrat catholique “La providence”, en centre ville de Tours, se présente comme spécialisé dans l’accueil des enfants précoces et à besoins particuliers. 

Par contre, plusieurs dizaines de projets similaires se mettent en place sur le territoire national.

Une alternative à l’École, plus qu’une école alternative ?

En décembre 2014, Frederic Miquel a découvert le concept des apprentissages autonomes, en famille ou en institution, à travers le documentaire “Être et devenir” et des rencontres avec Ramin Farhangi, fondateur de l’Ecole dynamique à Paris, et promoteur du modèle Sudbury en France. Depuis un an, Frédéric rencontre, lit, échange sur les apprentissages autonomes. En septembre 2015, il a même réorienté l’objet de sa thèse de doctorat sur ce sujet.

Il en ressort plusieurs faits :

  1. La scolarisation n’est pas obligatoire en France, seule l’instruction l’est, entre 6 et 16 ans. La seule obligation est de maîtriser à 16 ans le “Socle commun des connaissances et compétences” formalisé par le ministère de l’éducation nationale. Cette instruction peut se faire dans les familles ou des établissements de droit privé “hors-contrat”. Les services de l’éducation nationale, à travers le corps des Inspecteurs,  organisent le contrôle de cette instruction.
  2. Des enfants qui ne vont pas à l’école peuvent réussir leur vie d’adulte, tant professionnelle que personnelle. Le fait de ne pas avoir été scolarisés dans le système scolaire ne les handicape pas quand ils souhaitent poursuivre des études, supérieures ou conduisant à des diplômes et certifications professionnelles. Leur motivation intrinsèque et l’autonomie acquise depuis l’enfance leur permettent de s’insérer dans un système rigide et d’y réussir.
  3. Des communautés d’apprentissage démocratiques existent dans le monde, et en France, où des enfants d’âges variés co-apprennent en suivant leurs intérêts. Ils ne suivent aucun programme, choisissent et organisent leurs activités et la vie collective en relation avec l’équipe d’adultes.
  4. Personne n’apprend seul. Les apprentissages autonomes n’impliquent pas l’autodidaxie. Ils résultent de la seule volonté de l’apprenant, quel que soit son âge. C’est à lui de décider de son activité et de son objectif d’apprentissage et des moyens qu’il souhaite mobiliser pour y arriver (supports virtuels, ouvrages, rencontres informelles, visites de musées, d’entreprises ou d’institutions, recours à un enseignant/formateur spécialisé). Les adultes, parents ou membre du personnel de l’école, sont là pour répondre à ses questions et aux besoins qu’il exprime. Ils n’ont pas à être des spécialistes d’autre chose que de l’écoute, de l’organisation et de la relation.

Qu’est-ce qu’une école démocratique ?

Une école démocratique est une communauté d’apprentissage qui regroupe des enfants de 3 à 20 ans (le plus souvent), qui décident individuellement et collectivement de leurs activités. Le rôle des adultes y est d’assurer la sécurité matérielle et affective de toutes et tous, de superviser l’organisation matérielle et de répondre aux besoins et demandes des enfants.

Les règles de vie et de fonctionnement sont édictées par l’assemblée hebdomadaire à laquelle tous les membres sont conviés et ont un droit de vote équivalent.

Les conflits et les infractions aux règles communes sont traitées d’abord par les outils de la médiation, puis, si celle-ci est sans effet, par le Conseil de justice où tous les enfants doivent siéger à tour de rôle. Un adulte y assiste et vient en appui pour la prise de décision si les enfants le demandent.

Le postulat de la confiance

Cette démarche implique une confiance inconditionnelle dans la capacité de l’enfant à apprendre de toutes les expériences qu’il vit. Cette posture est naturelle chez l’enfant qui n’a jamais été scolarisé. Elle nécessite un temps de réadaptation pour des enfants l’ayant été. Elle demande surtout à l’adulte un changement de posture intellectuelle et psychologique, que cet adulte soit parent ou membre du personnel. Tel enfant saura lire à 3 ans, tel autre à 11… Tout enfant baignant dans un environnement comme le nôtre où l’écrit est prépondérant aura un jour besoin de lire, il apprendra alors spontanément, en sollicitant de l’aide, ou pas. Et c’est pareil pour tout sujet l’intéressant, du tricot à la physique quantique.

Un enfant peut s’intéresser à un sujet ou une activité que ses parents ne tiennent pas pour importante ou intéressante, voire désapprouvent (pratique des écrans, activités physiques “à risque”…). Il est important d’en parler avec l’enfant et les adultes référents pour comprendre le blocage et trouver un compromis satisfaisant pour tous.  

Il est important que les parents soient au clair sur leurs attentes et sur leurs représentations des savoirs. Nous pensons qu’il n’y a pas de sujet mineur, tant qu’il représente quelque chose pour l’enfant. Celui-ci apprend de toute activité et développe des compétences intellectuelles, kinesthésiques, sociales, relationnelles par ces pratiques. De nombreux garçons expliquent que les jeux vidéos ont amélioré leur compétence en lecture, en anglais, voire leur curiosité géographique ou historique. Certains, timides, ont commencé par jouer en réseau avec des étrangers, puis ont ressenti le besoin de connaître leurs partenaires de jeu et de les rencontrer, entrant par ce biais dans la relation sociale.

On sort ?

Cette école est un camp de base pour explorer le monde. Il n’est pas concevable de s’y enfermer, physiquement comme psychologiquement. C’est en se confrontant au monde qu’on apprend. Toutes les occasions de sortir et de se saisir des opportunités que l’environnement procure seront saisies. La ville regorge d’installations publiques, musées, médiathèques, théâtres, cinémas, parcs, lieu de pratique sportive, etc., nous les utiliserons au maximum.

Nous ferons également appel à d’autres associations, Fablab, Réseau d’échange réciproque de savoirs, médiateurs scientifiques, associations sportives… Nous rencontrerons des gens de tous âges et de toute condition.

Le réseau européen des écoles démocratiques – EUDEC – a maintenant une antenne en France qui rassemble les écoles existantes et les porteurs de projet. Ce réseau permettra des échanges entre écoles, en France et en Europe, et la mutualisation d’activités. La première rencontre française a eu lieu en janvier 2016, la prochaine se déroulera en mai dans le Maine et Loire.

Et le point d’O ?

Le Point d’O est un projet spécifique de remobilisation de jeunes de 10 à 20 ans en rupture scolaire. Il vise à leur redonner le goût des apprentissages et à les aider à construire un projet de vie. Sa finalité n’est pas de remplacer la scolarisation, mais de remettre le jeune en dynamique. Les jeunes suivis au Point d’O pourront choisir leur chemin comme ils le souhaiteront : certains en retournant dans le système éducatif commun, d’autres en s’orientant vers des formations professionnelles et quelques uns pourront choisir de continuer leur parcours au sein de l’école de l’association.

Il devient également indispensable de proposer aux mineurs de moins de 16 ans déscolarisés, soumis à l’obligation d’instruction, une solution administrative officielle.

Les deux projets peuvent cohabiter au sein de l’association et même être colocalisés.

Une mutualisation des moyens et de certains membres du personnel sera envisageable et plutôt bénéfique.

Que fait-on de ce que l’on aura appris ?

Notre mission est d’aider notre pays à passer de l’éducation pour tous à la réussite de chacun afin qu’aucun talent ne soit plus perdu en chemin.

Fidèle à son objet, l’association documentera donc ses réflexions et ses avancées, les étayera grâce à la confrontation avec des universitaires et des praticiens et publiera ses résultats. Notre ambition est de démontrer l’efficacité de cette démarche, de la mettre à disposition des institutions et groupes qui souhaiteraient s’en inspirer ou s’en emparer, pour concourir à l’amélioration du système éducatif français et participer à la réduction de l’échec scolaire.

Pour aller plus loin

Quelques liens vers des lectures et vidéos

L’École dynamique à Paris, blog de l’École dynamique

L’école de La croisée des chemins à Dijon

L’École autonome en Belgique

EUDEC France

One comment on “Une école démocratique à Tours ?

  1. PECQUET dit :

    faisant partie du réseau d’échanges réciproques de savoirs » la Ruche aux Savoirs » à la Riche, j’ai été vivement intéressée par votre école qui me parait en adéquation avec « l’apprendre autrement » défendu dans notre réseau.j’ai eu l’occasion aussi d’intervenir dans les écoles pour proposer des apprentissages différents valorisant les enfants et développant leur créativité.
    Nous aimerions vous rencontrer dans le cadre de notre association pour échanger avec vous si vous le souhaitez

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